27 décembre 2009

Transcendance

Alice court lentement depuis cinq-cent mètres. Elle est tellement en retard qu'elle a oublié pour quoi était ce retard. Elle voit un immeuble haut et blanc. C'est on objectif, elle veut s'en rapprocher le plus possible. Elle continue de trotter en tordant ses chevilles à cause de ses talons. Elle déteste ces chaussures, mais elle déteste qu'on l'embête au travail avec sa tenue. Elle s'est conformée et les ennuis ont cessés. Mais qu'elle est loin cette tour et qu'elles sont enviables ces bonnes vieilles baskets restées à la maison !

Alice n'est plus très loin à présent. Elle passe devant une boulangerie qui embaume une partie de la rue d'un fumet chaleureux, suave... Elle voudrait être en train de marcher calmement pour aller, sereine, y acheter une chocolatine. Ce mot aussi est non-conforme à son travail, ici ils disent « pain au chocolat ». Mais pour Alice c'est important « chocolatine ». Ça vient du sud, ça vient de chez elle, de sa famille. Sa famille est dispersée aujourd'hui, il n'y a plus ce foyer comme avant où on allait tous dîner si souvent... mais les chocolatines existent toujours alors accrochons nous !

Hubert est de mauvaise humeur, c'est à dire pas vraiment d'humeur à écouter les excuses d'Alice. Oui vous êtes en retard mademoiselle, très en retard, et débraillée avec cela, alors faites profil bas ! Elle l'entend penser depuis des kilomètres mais il le lui a dit tout fort quand même.

Alice rejoints son poste et y retrouve un PC aussi austère que son tailleur. Il y a beaucoup de gris dans cette entreprise. Alice croyait qu'en apprenant les langues elle s'ouvrirait aux voyages, aux rencontres diverses, à la vie ! Elle a été naïve. Elle était malgré tout soulagée d'obtenir ce poste, un loyer, des courses, ça se paie... Et ce travail paie bien aussi. Les chocolatines sont oubliées, tout comme les baskets confortables et les couettes douilletes. La, nous parlons dossiers, projet, responsable, délai. Au moins pour huit heures. Huit petites heures et...

Alice fait laisse tomber sa veste sur le dossier de sa chaise. Elle lance un chronomètre dans sa tête et quand elle arrive approximativement dans les trois minutes trente, son collègue Lionel fait une remarque sur son décolleté. Il repars content de lui avoir décroché un sourire alors qu'elle se moque de lui plus qu'elle ne lui souris. Les hommes sont prévisibles.

Sabrina passe devant son bureau et lui sourit un « courage, ça va aller » qui fait sourire un « et oui, il faut bien » à Alice. Il est dix heures quarante-huit à présent et tout un chacun dans cet étage songe déjà à rentrer à la maison.

Alice se lève pour apporter des documents aux types de la gestion. Enfin, aux « types », il y a aussi une nana dans le lot. Comme prévu, elle porte des lunettes aux montures suffisamment épaisses pour que le logo de la marque soit gravé dessus. Une grande marque avec un gros logo. Elle est mince, mais avec une culotte de cheval. Elle a les cheveux coupés courts, au carré. Elle tape vite sur le clavier, ne boit que des expresso et parle soit du travail, soit de son week-end chez ses parents.

Justine est justement devant la machine à café quand elles se croisent. La jeune femme demande à nouveau à Alice pourquoi cette dernière ne fais pas travailler le coursier, avec ce qu'il coûte. Alice explique à nouveau qu'elle aime marcher pour faire une coupure dans son travail. Justine ne comprend une fois de plus qu'on puisse manquer à ce point là de logique, soupire, secoue la tête pour effacer les informations étranges qu'Alice vient d'y entrer : Tchik-tchac-tchic-tchac, comme les  ardoises magiques.

Alice se souvient de l'époque où elle jouait avec cette ardoise. Non, en fait, c'était plutôt un écran... elle n'arrivait jamais à faire de très beaux dessins avec, mais aimait bien tout effacer en secouant ce drôle de boîtier dans un bruit de frottement sec.

Alice passe devant des fenêtres qui donnent sur les fenêtres d'en face. Elle tourne à droite, dépose le dossier puis fais demi-tour. Pourtant elle regarde à nouveau par ces fenêtres sans surprise. Il y a une tache. Elle s'approche de la vitre et l'observe. Non, c'est quelque chose qui est dehors, loin. Elle se colle contre la vitre et vois la tache colorée se multiplier diviser comme une cellule dans les vidéos pédagogiques des cours de biologie. Des Alice vois le paysage se moucheter de jaune, de bleu, de violet, de rouge, de vert, de beaucoup de couleurs et de nuances, mais toujours vives. Mais qu'est-ce que c'est ?

Justin sait que c'est mieux ainsi. Il rince à nouveau son pinceau dans un pot différent pour finalement le secouer d'un geste souple au dessus de sa sculpture. Le directeur de la galerie aime beaucoup Justin et prendra cette œuvre sans rechigner mais aussi sans savoir. Justin viens par son geste de bouleverser un monde qui vivait dans son esprit mais qui tentait pourtant de se matérialiser entre ses mains agiles; puisque Alice était fatiguée du gris...

(c) copyright Gwendoline Desliens Tous droits réservés

Posté par Biaise à 23:00 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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Commentaires sur Transcendance

    Ça ressemble beaucoup à ma Melike !
    Impermanence

    Posté par fa, 29 décembre 2009 à 12:36 | | Répondre
  • Ha oui ? Je ne l'ai pas encore lue pourtant !
    Alors, ce texte, c'était au tout début du mois pour un concours à la base. mais j'ai perdu... Ça ne m'a pas étonnée vu qu'on était limités à 5000 caractères... :s :s :s
    Je te tiens au jus de mes impressions dès que j'aurai finis ton manuscrit ! <3

    Posté par Biaise, 30 décembre 2009 à 01:08 | | Répondre
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